Vendredi 22 décembre 2006

          Dans The L magazine, petite publication gratuite faisant le tour de l'offre culturelle de New York et paraissant un mercredi sur deux, il y a une rubrique que j'aime beaucoup... C'est la chronique "Conscientious Objector", c'est à dire objecteur de conscience (c'était pas trop dur à deviner, hein?), tenue par Amanda Park Taylor. Cette journaliste s'intéresse à l'écologie et écrit des articles sans concession, pleins d'humour et en même temps gavés de bon sens. De quoi faire évoluer les mentalités et les comportements des plus récalcitrants à la cause écologique (enfin presque, vous verrez dans les liens, ci-dessous qu'il y a quand-même des exceptions).


          image tirée du site The L Magazine

          Dernièrement, elle a lancé une série d'articles destinés à répondre à la question "je veux bien faire quelque chose pour l'environnement, mais par où je commence ?". Cette série s'intitule "Secret Green Army" et constitue une incitation à RESISTER (d'où l'idée de l'armée secrète) aux injonctions permanentes à la sur-consommation, au gâchis et à la pollution dont sont matraqués les américains (non, non, je n'éxagère pas). Les réponses qu'elle apporte ne contiennent pas de nouvelles idées pour ceux qui se sont déjà penché sur la question et qui ont déjà modifié leurs comportements, par contre elle combat si bien l'immobilisme et le défaitisme que je trouve ça revigorant que de lire sa chronique une semaine sur deux. De plus, elle est américaine et s'adresse aux américains moyens avec des arguments imparables et une approche que je trouve pédagogique. Les cas de figure qu'elle cite, je les ai vécus aussi, alors je vois très bien de quoi elle parle...

          Un exemple, dans son premier article "Mission Un : éradiquer les sacs plastiques" (ahh, les Américains et les sacs plastiques, c'est une longue histoire d'amour...) , Amanda Park Taylor parle de l'air effaré des vendeurs quand elle demande, que dis-je quand elle supplie (car ils insistent les bougres), d'avoir le droit de mettre ses achats dans son sac personnel ou de les porter à la main. Car aux Etats-Unis, ça ne se fait pas, mais alors pas du tout !!! Qui plus est, il est quasi-impossible d'emballer soi-même ses achats. Le vendeur s'en charge (et il est très rapide) ou alors il y a carrément des préposés à l'ensachage qui sont derrière les caisses et qui vous emballent d'emblée vos achats (du coup vous êtes plus ou moins obligés de leur donner un pourboire alors que vous n'aviez rien demandé). Mais en plus, comme les sacs plastiques qui sont présents aux caisses sont de piètre qualité, et c'est peu de le dire, ils les doublent systématiquement et ils les remplissent à moitié ! Bref, il est très rare de s'en tirer à moins de dix sacs plastiques par course. Or ces sacs plastiques, je n'en ai pas besoin puisque je fais mes courses avec un caddy de mémé, vous savez les fameux shopping cart...
          Alors j'ai essayé de leur dire de ne pas emballer mes achats, mais comme souvent les ensacheurs sont issus de l'immigration, ils parlent encore moins bien l'anglais que moi et je n'ai pas pu me faire comprendre.
          J'ai ensuite tenté de leur demander de ne pas doubler les sacs, puisque de toute façon je ne les porte pas, ça n'a pas besoin d'être très solide. Mais le plus souvent, les sacs sont déjà doublés car ils s'avancent dans leur travail lors des périodes creuses et ils font mine de ne pas vous entendre (mon Dieu ce que c'est agaçant). Il m'est arrivé une fois ou deux d'obtenir satisfaction après au moins deux minutes de pourparler. De plus, il a fallu faire face à leur air ahuri, car ils ne comprennent ABSOLUMENT pas pourquoi vous faites des manières pour quelques pôvres sacs plastiques.
          Je n'ai eu qu'une seule fois l'occasion de faire mes courses sans le moindre sac plastique. Ce jour-là l'ensacheur n'étant pas à son poste, je n'ai fait ni une ni deux, j'ai empilé mes achats tel quel dans mon caddy. Je sors du magasin toute contente de moi, et là, le MANAGER me cours au train pour me demander d'un air affolé si je ne veux pas de sac plastique. C'est absolument authentique (d'ailleurs, ça ne s'invente pas).

          Pourtant, avant de venir vivre ici, on m'avait dit qu'à New York, il n'y avait plus de sac plastique, qu'on ne trouvait dans les magasins que des sachets papier. Je pense que ceux qui le disent se sont doublement trompés :
- Il doivent être victimes de l'industrie du cinéma qui adore montrer cette image totalement fausse de la mère de famille portant son gros sac en papier de l'hypermarché à sa voiture en traînant ses trois enfants à ses basques. Primo, en réalité, ici, personne ne porte jamais rien, au pire on pousse le caddy du magasin jusqu'à son coffre de voiture. C'est à un tel point, qu'une personne portant ses courses à bout de bras - ce qui m'arrive quand je ne repasse pas chez moi prendre mon caddy - attire de nombreux regards incrédules. Deuzio, je n'ai jamais vu d'hypermarché équipé en sacs papier.
- Ils doivent n'avoir fait leurs courses de touristes que dans les petites épiceries de quartier ou effectivement, les sacs papier sont fréquents, et encore uniquement pour les petits achats, pour le reste, c'est plastique pour tout le monde. C'est un peu comme d'évaluer les habitudes de shopping des parisiens en se fondant uniquement sur la fréquentation des "arabes du coin". C'est très limité.

          Plus récemment, j'ai fait mes courses à Trader Joe's, qui est un magasin à nette orientation écolo (ils utilisent 100 % d'énergie éolienne, ils achètent à des producteurs locaux, ils vendent du bio et du traditionnel amélioré, ils essayent de réduire les emballages, etc.). Là, le vendeur propose : "sac plastique ou sac en papier ?" Ce qui me remplit inévitablement de perplexité... Pourquoi continuer à offrir des sacs plastiques à leurs clients alors qu'ils ont des sacs en papier plus faciles à porter (ne cisaillent pas les mains), plus jolis (c'est important l'esthétique) et surtout BIODEGRADABLES (bien sûr, je lui ai demandé des sacs en papier, mais c'était, je crois, superflu de le préciser). Mais ce n'est pas tout ! J'avais un superbe bidon de lait de 4 litres (1 gallon) muni d'une élégante poignée. Et il a fallu que j'insiste pour le porter à la main ! Non mais.

          Tout ça pour dire que quand Amanda Park Taylor parle aux américains pour tenter de faire évoluer leur façon de voir le monde et l'écologie, je me réjouis. Oui !
Si vous lisez l'anglais, allez donc consulter ses chroniques :
- Projet d'armée verte secrète : mission un : éradiquer les sacs plastiques,
- Projet d'armée verte secrète mission deux : repose ta putain de bouteille (sic),
- Armée verte secrète : offrir vert : à la recherche d'un New York plus vert  (article très intéressant pour avoir des idées de cadeaux écologiquement corrects, inspirez-vous en pour le Noël de l'année prochaine...),
- Armée verte secrète IV : tu déconsommeras,
- Armée verte secrète V : et la viande mènera la Terre à sa perte.

          Par contre son discours ne passe pas auprès de tout le monde. Notamment auprès de ceux qui ont été élevés dans la religion de l'économie (quand l'économie va, tout va...) et qui se dressent contre les "inepsies" proférées par Amanda (lire les inepties ici) quand elle s'insurge de trouver chez le même Trader Joe's des épinards qui viennent de Chine (lire l'article polémique en question, qui, s'il ne faisait pas si peur serait hilarant). En un mot, ceux que le proverbe indien Cree décrit ainsi :
"Quand le dernier arbre sera abattu,
La dernière rivière empoisonnée,
Le dernier poisson pêché,
Alors seulement, vous comprendrez
que l'argent ne se mange pas..."

Par Loussaille - Publié dans : Soigner la planète
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Blog CosmEthique


Ma e-boutique

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus