No impact man

Publié le par Loussaille

Au Etats-Unis fleurissent depuis quelques années les expériences les plus diverses et variées visant à briser notre dépendance à la société "pétroliphage" ou à réduire notre empreinte écologique. Ces expériences peuvent être classées en différentes tendances:

1. Les "Locavores"

A la suite de James MacKinnon et Alisa Smith de Vancouver, qui se sont lancés en 2005 le défi de ne rien manger pendant 1 an qui ait voyagé plus de 100 miles (c'est à dire grosso modo 160 km) avant d'aterrir dans leur assiette, de nombreuses initiatives du même genre ont vu le jour en Amérique du Nord. Les nouveaux locavores se sont appuyés sur des lectures devenues cultes comme The 100-Mile Diet: A Year of Local Eating (édition canadienne) et Plenty: One Man, One Woman, and a Raucous Year of Eating Locally (édition américaine).
Cette expérience a fait boule de neige puisque de nombreux magasins ayant un rayon fruits et légumes digne de ce nom et une conscience, ainsi que quelques restaurateurs se font un devoir de ne se fournir qu'auprès de producteurs de proximité. Tout au bout de la chaîne, même les épiceries de quartier et les grandes surfaces commencent à mettre en avant les produits cultivés localement. Enfin, les farmers' markets qui ne regroupent QUE des producteurs locaux, ont vu leur fréquentation croître et, par conséquent, l'offre de fruits et légumes s'est enrichie et diversifiée, convaincant ainsi en retour de nouveaux clients de sauter le pas.
Bien qu'à New York, cette tendance soit moins sensible qu'en Californie, mais il faut dire aussi que le climat de la Côte Ouest rend les choses particulièrement faciles pour les locavores, les mentalités bougent ici aussi, comme en témoigne le pacte lancé par l'Etat de New York, le 100-mile diet challenge, incitant les professionnels et les particuliers à signer et à s'engager à ne se nourrir que d'aliments produits localement.
En Virginie, l'expérience menée par Barbara Kingsolver, écrivaine renommée, et sa famille, s'est traduit par la publication d'un livre Animal, Vegetable, miracle: a year of food life qui est d'ores et déjà un succès éditorial. Cet ouvrage fait le compte-rendu d'une année durant laquelle la famille n'a mangé que ce qu'elle a elle-même produit (quoi de plus local que les fruits, légumes, oeufs et viande de son propre jardin?), ou, au pire, acheté à des producteurs locaux.

La philosophie des locavores recoupe souvent celle du mouvement d'origine italienne Slow Food. Elle est présentée succintement dans cet entretien radiophonique (en anglais) de Barbara Kingsolver appelé The Ethics of Eating. Néanmoins, les motivations des deux créateurs, au départ de leur aventure, relevaient autant du désir de lutter contre la crise qui touche les exploitations agricoles familiales que de celui de mettre un terme aux absurdités écologiques générées par la mondialisation du marché alimentaire, sur lequel un ingrédient voyage en moyenne 1500 miles (environ 2400 kilomètres) avant d'être consommé.

100-Mile Book US

2. Les "Consommophobes" (ou anti-consuméristes, mais je trouve le mot moins approprié)

Venus eux aussi de l'Ouest de l'Amérique, mais ayant une origine toute différente, les consommophobes du groupement The Compact, lancé à San Francisco en 2006, ont tenté l'expérience de ne rien acheter pendant toute une année, en dehors bien entendu de la nourriture. Quand le besoin d'acquérir un nouvel objet se faisait sentir, les membres avaient le choix entre l'emprunter, le troquer ou l'acheter d'occasion.

Le but avoué de l'initiative est, d'une part, d'aller au delà du recyclage pour contrecarrer les effets négatifs de la société de consommation à l'américaine, aussi bien au niveau environnemental qu'humain ; d'autre part, de désencombrer les logements et les vies. En celà, on reconnaît l'influence de la Simplicité volontaire, concept apparu aux USA en 1981 avec la publication de Voluntary Simplicity : Toward A Way Of Life That Is Outwardly Simple, Inwardly Rich de Duane Elgin.

Encore une fois, l'expérience a eu du succès puisque de nombreux nouveaux membres viennent régulièrement enrichir le groupe d'échanges The Compact. Ceci permet à d'autres anti-consuméristes d'occuper le devant de la scène. Ainsi, les groupes de consommateurs (dont l'objectif est d'aider à consommer MIEUX), les adeptes de la simplicité volontaires (qui ont pour but de consommer MOINS) et les freegan (qui, eux, souhaitent NE PLUS consommer DU TOUT, du moins pas dans le sens habituel du terme) gagnent en popularité. Ces derniers sont regroupés autours d'associations ou de sites internets tels que www.freegan.info, Freecycle ou Really really free market afin de permettre le partage des ressources (qu'il s'agisse de faire circuler des objets qui ne servent plus ou de récuperer dans les poubelles - oui, oui - ce qui pourrait encore servir mais dont les autres ne veulent plus), des informations ou des savoir-faires.

A noter également le succès du Révérend Billy et du Stop Shopping Gospel Choir, mélangeant religion spectacle à l'américaine et message anti-consumériste, comme en témoigne la parution du livre du Révérend intitulé What Jesus would buy: Fabulous Prayers in the Face of the Shopocalypse (sic !!!). Une bizarrerie dont on ne se lasse pas...

3. Les "Technophobes"

Cette tendance-ci est bien implantée aux USA depuis des siècles, et ce grâce à des groupes religieux anabaptistes, comme les Amish ou les Mennonites, qui rejettent partiellement ou totalement l'usage de la technologie et en particulier des appareils électriques et des véhicules à moteur. Le travail de la terre ainsi que les déplacements sont ainsi tributaires de la traction animale (c'est à dire des chevaux). Le réfrigérateur, la machine à laver, la télévision, l'éclairage électrique, mais aussi la climatisation (pourtant présente dans la plupart des foyers américains à l'heure actuelle), ni aucun des outils électriques utilisés par les ouvriers ou les artisans ne sont autorisés au sein de ces communautés.

Récemment, Eric Brende, un diplômé de MIT (Massachusets Institute of Technology) réalisant à quel point les nouveaux développements technologiques semblaient plus aliéner l'homme que le libérer, décidé de se joindre à l'une de ces communautés avec sa femme, pour une durée d'un an et demie, afin de déterminer si, sans technologie, la vie est aussi peu confortable que ce que les adeptes du progrès tentent de nous faire croire. Le résultat de cette expérience est publié en 2004 sous le titre Better Off : Flipping the Switch on Technology.
Bien sûr, cette question n'est pas neuve et n'est pas sans rappeler le mouvement Luddiste d'opposition à la mécanisation des usines, au 19ème siècle, ou l'expérience menée par Henry David Thoreau (1817-1862) qui laissa le monde civilisé derrière lui pour vivre seul en pleine nature, durant deux ans, sur les bords de l'étang de Walden (Massachusets). Thoreau était, lui aussi, réticent face au "Progrès" et aux nouveautés technologiques. Il considérait, entre autres, que voyager à pied était plus rapide que de prendre le train, car si on comptait en plus du trajet en lui-même le temps passé à travailler pour payer le voyage, il était fort probable que le marcheur serait arrivé à bon port bien avant le client du chemin de fer.

Sans aller jusqu'à rejeter toute la technologie qui nous entoure, aux Etats-Unis, nombreux sont ceux qui remettent en question un des outils les plus emblématiques de cette société, à savoir l'automobile (ce qui, aux USA, n'est pas une mince affaire, croyez-moi)...
Ces mouvements, souvent implantés localement, promeuvent les modes de déplacement aleternatifs comme les pieds, le vélo ou les transports en commun. Ils sont articulés grâce au réseau World Carfree Network. A New York, ce mouvement est représenté par l'association Time's Up qui y est célèbre grâce à ses ateliers de réparation de vélo gratuits (oui, oui, vous avez bien lu), grâce à ses randonnées cyclables dans Brooklyn ou Manhattan et surtout grâce à ses démêlées avec la ville de New York.

Et enfin

Suite à cette généalogie, étendue à défaut d'être exhaustive, me voici enfin arrivée au but de cet article (souvenez-vous du titre...) qui est de vous présenter la synthèse de tous ces courants en la personne du "No impact man". Celui-ci a décidé de mener en famille une expérience (décidemment...) destinée à réduire à zéro son empreinte écologique en diminuant son impact négatif (réduire voire arrêter les activités polluantes) et en augmentant son impact positif (participer à des actions visant à réduire la production de gaz à effet de serre de sa communauté, etc.). Cet homme c'est Colin Beavan, il habite New York (enfin Manhattan, ce qui a mon humble avis a son importance), il a 43 ans, il est écrivain et il a une charmante épouse et une petite fille... Son blog http://noimpactman.typepad.com/blog/ lancé en février 2007 documente son entreprise et sa philosophie. Concrètement, celà veut dire, consommer localement, reconcer aux véhicules motorisés (même les transports en commun), et s'inspirer beaaaaaucoup de la simplicité volontaire*. Bon, comme j'ai découvert le No impact man grâce à Polly, je ne vais pas répéter ce qu'elle explique très bien sûr son blog. Je vous invite donc à aller le consulter ici.

 

*Maintenant, vous voyez pourquoi je vous ai bassinés avec tous ces mouvements américains avant de vous parler du No impact man !

Publié dans Soigner la planète

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MICHAEL CONAN 31/03/2009 22:14

vas VOIR mon blog une video de moiexplique ma demarche humainepeut tu demander a tous de la regarder afin de comprendre
mon blog
http://michaelconan.over-blog.com/

dieudeschats 07/02/2008 10:45

Très intéressant, je ne connaissais pas toutes ces catégories, juste ceux qui n'achètent rien pendant un an...Je me demande si tu te reconnaîtrais pas dans les Freemens ? (cfr.lien)

gaellecinnamon 06/02/2008 10:25

Bonjour!J'ai tellement apprécié ton article que je me suis permis de le copier sur mon forum (dont j'ai mis l'adresse). J'ai bien entendu cité source et mis lien de ton blog. Si cela te contrarie, n'hésite pas à me le faire savoir, je ferai le nécessaire.Ca m'a fait chaud au coeur de lire que certains américains sont capables de conscience éco-citoyenne même si c'est parfois d'une façon qui nous dépasse un peu, les français vivant en France, peut-être après tout que l'avenir sera moins noir que ce qui semble se dessiner (oui, je sais, pas très optimiste comme philosophie mais je suis très inquiète de l'avenir de notre planète).Encore merci de partager ton quotidien new-yorkais!

cerise 17/10/2007 22:07

très très intéressant cet article, c'est chouette que tu sois aux 1eres loges pour nous raconter tout ça ! si ça pouvait se faire un peu plus vite aussi chez nous... merci Lousaille et au plaisir de te lire !

Loussaille 30/10/2007 19:09

Oui c'est vrai que je vois l'evolution des mentalites americaines en temps reel. Par exemple, je vois la frequentation et le nombre de stands du marche fermier de Union Square evoluer de semaine en semaine. Et on est loin maintenant du marche riquiqui que j'ai decouvert il y a un peu plus de deux ans. Ca va parfois tres vite...